Toujours plus haut, toujours plus loin

Toujours plus haut, toujours plus loin

Chaque printemps, Hugo Germain organise dans Charlevoix le camp d’entraînement Hors Catégorie auquel l’équipe de Vélo Cartel participe. Client assidu de notre salle d’entraînement, cycliste au parcours inspirant, il raconte comment lui est venu le goût de manger des kilomètres, et un peu de misère.

Hugo Germain s’est découvert une passion pour le vélo sur le tard.

Père de jeunes enfants, occupé par sa carrière au sein de l’entreprise familiale d’hôteliers qui porte pour nom son patronyme, il s’était, de son propre aveu, laissé aller. «Ma carrière de cycliste a commencé en 2012, raconte-t-il. J’avais été invité par Dubeau Capital pour participer au Grand défi Pierre Lavoie. Chaque équipe doit recruter un sédentaire, et cette année-là, c’était moi. Ça tombait bien. Ma plus vieille avait cinq ans. Je m’étais pesé et j’étais à 1 livre d’atteindre le 200. J’étais pas gros, mais pas bien dans ma peau non plus. J’ai accepté le défi.»

Il se met à l’entraînement intérieur deux fois par semaine, perd 20 livres, prend part au Grand défi et ne s’arrêtera jamais de rouler par la suite. Il y participe huit ou neuf ans en ligne, y joue éventuellement les encadreurs, récolte activement des fonds.

«Pis là, pour mes 40 ans, je voulais faire quelque chose de vraiment spécial. On m’avait parlé de la Haute Route et j’ai cliqué là-dessus.» À la fois course et événement participatif, la Haute Route est l’occasion d’aligner les plus beaux cols du monde dans un environnement «tout inclus». Sept jours, avec un programme journalier de plus d’une centaine de kilomètres et au moins 2500 m de dénivelé positif au compteur. «Je suis allé faire celui des Pyrénées seul, parce que mon chum avec qui je devais faire ce beau trip n’a finalement pas pu se libérer. Je suis arrivé en cyclotouriste, à la fin je coursais.»

Gravir l’Everest

Avance rapide jusqu’en 2020. La pandémie met des bâtons dans les rayons des plans d’Hugo, qui se voyait bien s’essayer à un nouveau défi en prenant le départ de la classique printanière Rasputitsa cette année-là. «Bruno [Langlois] m’avait parlé de ça. Je trouvais que ça n’avait ni queue ni tête et en même temps, ça avait l’air cool.» 

Assigné à résidence, comme nous tous, il se met alors en tête d’entreprendre un Everesting (soit cumuler le dénivelé du plus haut sommet de la planète) en grimpant la côte Gilmour… 127 fois. «J’ai commencé à 5h du matin et j’ai fini à 1h le lendemain», raconte-t-il. Défi personnel, levier pour récolter des fonds au profit d’Horizon Charlevoix (l’organisme caritatif auquel il est associé), carotte afin de se motiver à l’entraînement : tout cela pèsera dans la balance qui le poussera à grimper pendant 20 heures. «Ça, et la peur de décevoir ceux et celles qui étaient venus m’encourager ou qui avaient contribué à ma campagne de financement.» Des amis viennent grimper quelques fois avec lui ­– parfois plusieurs : certains ont fait 15, 20, 40 et même 50 montées! D’autres sont là à la toute fin. Le moment est chargé en émotions.

Se mettre dans le trouble

Le lecteur aura ici compris qu’Hugo Germain aime les plans un peu fous. Histoire de se mettre dans le trouble.

Dernier défi démesuré à son palmarès : le Grinduro, sorte d’événement qui échappe aux catégories, mais dont on pourrait dire qu’il est une espèce de rallye de gravel bike pour les amateurs d’inconnu et d’aventures. «On a fait toutes les surfaces : de la terre, de l’asphalte, des chemins de quatre roues, du singletrack, du sable… À un moment donné, on a juste décidé de s’amuser dans ce parcours rocambolesque, mais il faisait tellement chaud ce jour-là qu’on a tiré la plogue avant l’arrivée.» Comme la vaste majorité des participants qui, eux aussi, ont choisi d’arrêter avant que le moteur explose pour cause de surchauffe.

En faire son affaire

Comme souvent dans la vie, il existe des vases communicants entre nos loisirs et nos activités professionnelles. Surtout lorsque les premiers gagnent en importance et occupent une place prépondérante dans notre esprit.

«Le bike est devenu ma passion avec les années, et à travers lui, j’ai graduellement découvert une façon de connecter avec notre clientèle», explique celui qui occupe le poste de vice-président des opérations du groupe Germain Hôtels.

«À titre d’exemple, poursuit-il, il y a le camp de vélo Hors Catégorie que nous organisons chaque année. C’était initialement une idée de mon ami Simon Clément, avec qui je placotais et qui me disait qu’avec notre hôtel dans Charlevoix, on avait un set up parfait pour faire une activité dans un contexte paradisiaque, soit la plus belle région du Québec, avec la bouffe, le terrain, les passionnés… Avec les années, non seulement on a développé des amitiés, mais on a aussi intéressé les gens à venir faire du vélo dans notre région, et à en parler… Donc éventuellement, c’est bon pour la business.»

«Également, il arrive souvent que nos concierges au Germain Charlevoix me demandent de l’aide pour planifier des séjours de cyclistes dans la région. J’aime contacter nos invités et découvrir leurs intérêts, puis leur faire partager mes petits coins cachés, mes coups de cœur… Par la suite, ils deviennent à leur tour des ambassadeurs.»

En somme, le vélo n’est pas pour lui une manière directe de faire des affaires. Mais ce partage de connaissances et sa façon de transmettre sa passion finissent par générer différents types de retours. Qu’il s’agisse de créer des liens humains, de mettre la région en valeur ou de fidéliser la clientèle.

Mais plus encore, dit-il, le vélo est un exutoire. «Ça me permet de déconnecter, de penser à autre chose, ou alors c’est un lieu en moi qui me permet de pousser mes idées plus loin et de trouver des solutions aux aléas du travail d’hôtelier.»

Il y a un enthousiasme qui fait plaisir à entendre dans tous les récits d’Hugo. Une envie qui paraît se renouveler en changeant de forme d’année en année, mais qui traduit parfaitement le sentiment que les férus de cyclisme connaissent. C’est une passion qui étend son voile sur notre quotidien, nos plans de voyages, et qui nourrit un désir de dépassement qu’on ne se connaissait pas toujours. Et une fois qu’on y a goûté, impossible de revenir en arrière.