La société du peloton par David Desjardins
Chaque groupe de cyclistes est une sorte de microsociété.
On y trouve des sages, des têtes brûlées, des suiveux, des meneuses, des rouleuses expérimentées et des néophytes. Des jeunes et des vieux qui font l’amour à la route, avec ou sans tubes.
Rouler en gang, c’est un peu revenir à la base de l’expérience sociale. Il y a des us, des gestes attendus et d’autres qui sont passibles de la prison à vie + 100 ans. C’est une nouvelle sorte de vivre-ensemble qu’on y apprend.
Chez Velo Cartel, à force d’en mener presque quotidiennement, on a, comme qui dirait, développé une expertise en la matière.
Si bien que notre Phil national est en voie de devenir une sorte de gourou de la groupride.
(Si vous voulez savoir de quoi je parle, vous pouvez aller écouter ses sages enseignements prodigués dans le podcast Sur deux roues.)
J’écoutais ce qu’il y racontait et je me rendais compte de l’incalculable quantité de choses que j’ai apprises lors de mes premières sorties de groupe. Je m’y suis fait enguirlander, et parfois, plus constructivement, on m’y a expliqué comment me comporter pour éviter les accidents et pour favoriser la cohésion du collectif.
J’ai appris à être plus fort en gang, à tromper le vent, à m’économiser, à repérer et signaler le danger. Je suis devenu un membre fonctionnel et utile du groupe.
L’assurance-fun
Le vélo est un sport de codes, de savoir-faire.
Comme dans n’importe quel autre contexte humain, il y a des flasheuses, des chialeux, des bons vivants, des ricaneuses, des étourdis, des perdus, des astucieuses, des respectueux et des mal engueulés.
Écouter Phil m’a rappelé l’importance de la sortie de groupe comme une sorte d’école afin que tous ces gens répondent aux mêmes règles de base qui ont pour objectif d’assurer le plaisir et la sécurité de tout le monde.
Peu importe qui tu es, le fait que tu roules à quelques centimètres d’une personne qui n’a peut-être pas tes réflexes, ton expérience ou ton sang-froid t’oblige à un minimum de bienveillance. Ça commence par être le prévisible possible.
Les bons chefs
Dans les groupes, on trouve généralement des meneurs naturels. Il y en a qui gueulent. D’autres, qu’on préfère, qui imposent un leadership relax au sein d’essaims inexpérimentés, ou dissipés.
Ceux et celles-là proposent gentiment de rouler en file dans les zones dangereuses, exposent patiemment comment se comporter dans une sortie plus compétitive (comme lorsqu’on n’arrive pas à tenir la roue du meneur), et enfin ils expliquent pourquoi faire la demie-roue, c’est mal (ou dans le même registre, pourquoi il n’est pas très judicieux d’appuyer à fond sur l’accélérateur dès qu’on prend un relais à l’avant).
Notez qu’il y aura toujours des gens qui ignoreront le savoir-être du peloton. Peu importe leur expérience.
Aussi, il n’y a rien de plus satisfaisant que de voir un cycliste en quête de validation se faire lâcher par le groupe qui le laisse s’envoler seul à l’avant, à la poursuite de son ego. Un truc qui fonctionne et qui n’a pour conséquence que les blessures d’amour-propre. Si la sécurité des autres est en jeu, toutefois: faites-le savoir. Poliment. Fermement. Pas comme une police. Comme des citoyens concernés qui savent que rouler droit, c’est protéger les autres, et soi.
C’est un autre truc qu’on apprend dans la société du peloton : à prendre le rôle de leader lorsque la situation l’impose. Comme dans le reste de la vie, quoi.