Entraînez-vous pour vous (et rien ni personne d’autre)

Entraînez-vous pour vous (et rien ni personne d’autre)

Que vous rouliez pour le plaisir ou afin de vivre un moment de gloire en compétition, il est nécessaire de remettre les choses en perspective lors d’entraînements de groupe et de ne pas toujours se comparer aux autres. Connaître ses limites, les accepter et refaire le point sur ses objectifs : voilà qui vaut mieux que de rabaisser la qualité de ses performances en les comparant à celles d’athlètes de plus haut niveau. N’oubliez pas : vous faites ceci pour vous, et pour atteindre des buts qui vous appartiennent.

Trop souvent, nous entendons des gens dévaluer leurs performances lors de conversations après des entraînements. Leur discours débute par l’enthousiasme, alors qu’ils témoignent de leur satisfaction d’avoir terminé un entraînement difficile. Puis ils se comparent aux autres, disant immanquablement quelque chose comme : «Je sais, là, je suis pas aussi fort que vous autres, là…» Et cela nous désole. Parce que la dernière chose que nous souhaitons, c’est de voir des clients et des amis dénigrer leurs efforts en les comparant à ceux d’athlètes souvent plus jeunes, qui consacrent un temps immensément plus important à l’entraînement et qui possèdent un talent génétique hors du commun.

 Les bonnes comparaisons

Jonathan Lelièvre est préparateur mental pour des athlètes de tous niveaux. Il fait la distinction entre deux manières de comparer ses performances à celles des autres.

 «Des fois, ça peut être positif. Par exemple, si on a fait une sortie et qu’on est parvenu à rester dans un groupe plus fort, ou qu’on a pu suivre un pro, ça donne confiance. Mais sinon, il faut être réaliste et voir nos performances à travers le filtre de défis qu’on se lance à soi-même. On ne connaît pas la réalité des autres. Ont-ils des enfants, un travail aussi accaparant? Combien de temps passent-ils à s’entraîner et depuis combien d’années? La meilleure comparaison, c’est avec soi-même : suis-je parvenu à m’entraîner pour devenir une meilleure version de moi? Si oui, c’est une victoire.»

 Ton projet, tes fondations, ton focus

Pour éviter de se mesurer à d’autres que soi et que cela devienne démotivant, il faut faire l’inventaire de ce qu’on possède, et accepter de jouer dans ce carré de sable.

 «C’est quoi, votre projet?» demande Jonathan Lelièvre, insistant sur le fait que cette question constitue le point de départ d’une progression positive et ancrée dans un désir d’amélioration de soi.

 Est-ce de vous mettre en forme pour un voyage, de suivre vos amis un peu plus forts, de perdre du poids? Combien d’heures avez-vous pour vous entraîner? Quels sont vos chiffres actuels (vos différents CP, par exemple) et lesquels souhaitez-vous améliorer? Vous faites de la course et voulez améliorer votre sens tactique, l’efficacité de votre coup de pédale? Tout cela est excellent.

 «J’appelle ça les fondations, expose Jonathan Lelièvre. Ce sont les outils que tu possèdes. Tu fais ton bilan, ce qui est solide, et ce que tu voudrais améliorer, où tu voudrais mettre de l’énergie. Par exemple, ça peut être d’avoir une meilleure position et de maximiser ton mouvement. Concentre-toi là-dessus, et après tu te pencheras sur autre chose. Si tu fais ça, et que tu es satisfait, ça devient inutile de perdre ton temps à regarder ce que les autres font. Tu te concentres sur ce que tu fais.»

 Se souvenir des belles choses

Une fois vos objectifs et vos compétences définis, vous établissez votre plan pour atteindre vos buts. Puis, autant que possible, vous vous y tenez.

Mais ce n’est pas parce que vous êtes réaliste que les choses seront toujours faciles. Le préparateur mental suggère donc aux athlètes, peu importe leur niveau de performance, de tenir un journal dans lequel ils notent des observations, ce qu’ils ont accompli. «Souvent, on pense à l’étape suivante et on oublie de prendre le temps de revoir ses bons coups et ses moins bons. C’est important, surtout de se souvenir des bons, parce que ça nous permet de rester positif dans les moments plus ardus.»

Et des fois, les choses se passent mal, mais il faut en retirer aussi ce qui s’est bien passé. Les jambes n’étaient pas là mais vous avez amélioré votre technique? C’est toujours ça de pris. Ne soyez pas trop dur et donnez-vous une tape dans le dos.

Si vous gardez le regard fixé sur vos objectifs, les raisons qui vous motivent et les facteurs que vous pouvez contrôler (comme le respect de votre plan d’entraînement), vous risquez moins d’emprunter une spirale négative qui vous fera obséder sur ce qui n’est pas à votre goût.

À la fin, il ne sera plus question de comparer vos chiffres avec ceux du voisin, mais de revenir sur ce processus d’amélioration de soi en vous disant : j’ai 65 ans, ou j’ai deux jeunes enfants, ou j’ai ce boulot de fou… et je suis meilleur que je l’étais il y a 6 mois. C’est tout ce qui compte.