Une culture du cyclisme

Une culture du cyclisme

Pour tous ceux et celles qui sont tombés en amour avec ce sport, le prix des vélos est un sujet de discussion courante. Je me suis donc penché sur les raisons qui me poussent à investir des sommes parfois exorbitantes dans mon sport et sur ce qui fait autant réagir dans ce geste. Une micro-étude sociologique, pas du tout scientifique, sur les pratiques en matière de consommation, opposant le prix du conformisme à celui des passions – même si les deux ne sont pas mutuellement exclusifs.

Il y a les choses qu’on fait pour soi et celles que nous dicte la pression sociale.

On peut toujours se faire croire qu’on est parfaitement imperméable à cette dernière, la réalité est que, dès qu’on s’en écarte, il nous faut justifier nos choix.

Nous travaillons, nous gagnons notre vie, et la manière dont nous dépensons notre argent et affichons les choses que nous nous procurons détermine forcément comment nous souhaitons être perçus par nos semblables. Sauf pour les quelques disciples de Thoreau qui prennent le bois (et encore, c’est aussi une posture sociale), nous cherchons un groupe auquel appartenir et dans lequel nous nous reconnaissons et nous sentons valorisés.

Choisir son clan

Pour certains, c’est en adoptant des comportements majoritaires. Pour d’autres, c’est en jouant dans la marge et en rejoignant une poignée de passionnés qui partagent une idée du goût commune, donc une esthétique, une culture, un langage.

Pour la plupart, la réalité s’étale généralement dans quelques-uns de ces champs.

Ça peut avoir l’air très théorique et abstrait, dit ainsi. C’est pourtant simple et intuitif. On rejoint son clan naturellement, amené à celui-ci, le plus souvent, par une série de hasards, des passeurs qui nous font découvrir des choses, des gens. Comme en amour.

Mon clan, c’est celui des cyclistes. Ce qui nous unit, c’est une passion pour l’engin, la technique, la compétition, parfois l’histoire du sport. Mais aussi un amour du mouvement, de l’action. L’objet sur lequel nous roulons est un outil identitaire. Je ne suis pas la voiture que je conduis ni un spa. Je suis un cycliste, passionné, avec tout le bagage historique et littéraire qui accompagne la chose.

L’argent et les jeux d’enfants

Comme la plupart de celles et ceux que je fréquente, je dépense d’importantes sommes dans l’achat de nouveaux vélos, d’accessoires et dans l’entretien. De quoi faire sourciller, voire hurler les observateurs extérieurs qui ne parviennent pas à faire les contorsions intellectuelles nécessaires pour réconcilier les milliers de dollars investis et la nature de l’objet, qui pour eux est synonyme de jouet, d’enfance, de bébelle plus ou moins insignifiante.

Pourtant, moi, ce sont les choix de la majorité qui me paraissent souvent ridicules. Maisons de taille démesurée. Piscines. Voyages à répétition dans des tout-inclus ou dans des villes étrangères où plus rien ne l’est vraiment puisqu’on n’y croise plus que d’autres touristes dans des boutiques qu’on trouve partout ailleurs. Et surtout, je ne comprends pas l’obsession pour la voiture qui est encore aujourd’hui le principal symbole de notre statut social.

Mais les gens sont libres de décider pour eux, comme je le suis.

Objets de désir, objets de plaisir

Au-delà de l’identité, j’ai choisi d’investir en masse dans mes vélos parce qu’ils sont des vecteurs de plaisir, de bonheur au quotidien. Ils m’apportent une joie authentique, je bâtis des aventures au cœur desquelles ils se trouvent, je pratique ce sport entre amis, en couple, et j’aime aussi la performance, la vitesse, le sentiment de puissance que mes machines m’apportent lorsque la qualité de leur confection entre en adéquation avec ma forme physique.

C’est ainsi que l’un alimente l’autre, et que mes vélos deviennent en plus une motivation à conserver une exemplaire forme physique et à maintenir une bonne hygiène de vie.

Le monde du cyclisme répond lui aussi à ses conformismes, à une sorte d’imaginaire, peuplé de désirs, dont celui d’avoir toujours plus de vélos, préférablement neufs. On peut toujours en discuter. Je n’ai sans doute pas besoin de changer de monture aussi souvent. C’est vrai. 

Est-ce plus vertueux de triper sur les vélos que sur les autos? Ça ne l’est certainement pas moins. Chaque dollar investi dans mes vélos contribue à un bonheur qui n’est pas que matériel, puisque chacune de mes machines m’apporte du plaisir, me fait voyager, me motive à garder la forme, me permet d’entretenir des amitiés et contamine positivement mon entourage qui, de plus en plus, partage cette passion magnifique.

Donc, sourcillez tant que vous voudrez. Je n’ai pas honte du prix de mes vélos. J’ai fait mes choix et investi dans des objets qui m’amènent à vivre mieux. Maintenant, une question en terminant : quel est le dernier bien que vous vous êtes procuré qui vous a apporté au moins autant que ce que je viens de décrire ici?