Souvenirs de «Raspu» en images

Souvenirs de «Raspu» en images

En quelques années, Julien Payette-Tessier s’est imposé comme l’un des plus importants photographes du milieu cycliste. Celui qui se surnomme Pété (oui, comme les initiales de son nom de famille) a le don de capter le moment parfait et d’amener avec lui le spectateur au cœur de l’action. Ses images sont vivantes, captivantes. Il possède la qualité que tous les photographes cherchent : celle de trouver, très souvent, la lumière idéale.

Après avoir immortalisé des courses World Tour, des championnats mondiaux de vélo de montagne et quantité d’événements cyclistes du plus haut calibre, il s’est pointé pour la première fois en 2019 à East Burke, au Vermont, pour couvrir la désormais mythique course printanière Rasputitsa.

Et ce qu’il a vu l’a profondément marqué.

«Quand je me suis réveillé ce matin-là et que j’ai entendu la pluie tomber à flots sur le toit en tôle de la maison, j’étais un peu réticent. Oui, on allait être mouillés, mais je craignais surtout que mon équipement soit endommagé par l’eau et la boue», raconte-t-il.

«Tout le long de la course, à l’arrière du Range Rover où j’étais installé, j’essayais de garder mon matériel au sec… Ça n’a pas été bien long avant que j’entende le bruit que faisait le sable qui s’était glissé dans mes lentilles.»

Même si «Raspu» a été annulée en 2020 pour cause de crise sanitaire mondiale, il souhaitait nous faire partager ses impressions sur l’événement, à travers une série de photos que nous avons choisies avec lui, car elles représentent bien l’esprit de cette compétition participative dont il louange la qualité de l’organisation et la volonté de fer de tous les coureurs.

«C’était au départ. Il faisait tellement frette! La journée n’était pas commencée qu’on était déjà tous trempés. Je me demandais vraiment ce que je faisais là. Je me le suis demandé plusieurs fois, mais je me consolais en me disant que pour les participants, c’était pire. Il y a Anthony et Heidi, les fondateurs de la course, qui expliquent comment va se dérouler la journée. Et les plus rapides en avant (dont Lars Boom).»

«C’est pas très longtemps après le départ. Les coureurs sont encore regroupés. Ce que je trouve beau, c’est la route à l’arrière, les cyclistes qui s’étendent. Il y a quelque chose de magique à voir ça. Les visages ne sont pas encore cramés, il reste quelques sourires, certains essayent de demeurer dans le pack. Raphaële Lemieux surveille. Tout le monde veut rester avec le groupe pour ne pas faire la course en solitaire.»

«Je suivais le groupe des leaders depuis un moment, j’essayais de capter le plus de photos possible avant d’entrer dans la forêt. Quand j’ai vu cette scène avec Bruno qui gossait avec son shoe cover, je me suis dit : merci les gars pour cette belle action. Ce que je trouve fort et symbolique ici, c’est que tout le monde est conscient à quel point c’est une journée difficile. Pour plusieurs, c’est la première course de l’année. Et dans des conditions comme celles-là, tout le monde s’en va à la guerre. Mais pour avoir du fun quand même, il faut rester solidaires. Je trouve ça beau et puissant, et c’est ça que cette image montre : on va passer à travers, mais en gang.»

«C’est probablement le moment le plus fort de la course. Ça faisait longtemps qu’on suivait la même gang de coureurs avec le camion; c’était un des groupes de tête. Le monde commençait à être à boutte. Quand j’ai tourné mon appareil vers Mag (Maghalie Rochette) et que j’ai vu ce regard, tellement intense, j’en ai quasiment eu des frissons, pour vrai. Je trouvais ça magique. Je n’aurais jamais pu lui demander de me faire une face plus concentrée et déterminée que ça. Avec toute cette boue sur son visage, c’est vraiment un portrait très évocateur.»

«Ici, on est seulement quelques minutes plus tard. Les coureurs sont concentrés, accotés, tannés, le groupe est silencieux. À un moment, j’entends une petite voix québécoise nous dire : “Ralentissez.” Je ne suis pas sûr de bien comprendre. C’est Matis (Boyer), que je ne connais pas à ce moment-là. Il veut qu’on ralentisse pour qu’il puisse se réchauffer. On le fait, et il s’approche les mains du tuyau d’échappement pour les réchauffer.»

«On a attendu longtemps avant de voir le groupe de tête arriver. Ils arrivaient d’une grosse côte, on ne pouvait pas les dépasser, donc on a pris un raccourci pour arriver là. On n’avait aucune idée où ils étaient rendus, on espérait juste qu’ils ne soient pas déjà passés quand on est arrivés. Puis j’ai trouvé cet angle-là. Avec la rivière printanière qui coule à flots, j’avais l’impression que ça donnait un bon aperçu de l’ambiance. Mais je ne pouvais pas manquer ma shot, fallait que je sois à l’affût. On le voit, les gars sont en file indienne : ça allait vite. Celui qui est en avant, c’est Lars Boom.»

«On est à quelques mètres de la ligne d’arrivée, au chalet de Burke. Tous les gens sur le bord du parcours encouragent les coureurs. Tout le monde, à ce moment, en a sa claque. Il y a tellement de boue, c’est incroyable. Le gars qu’on voit là a pété son dérailleur. Il se dit : no way que ça va se finir comme ça. Je trouve que ça illustre bien la fierté de s’être rendu au bout de tout ça. Peu importe l’état du bike, il termine sa course.»