Rentrer au bercail

Rentrer au bercail

L’hiver s’est installé tôt, mais le froid et la pluie avaient déjà eu raison, en bonne partie, de mon désir de rouler dehors. Je revenais d’un mois en Europe, dont deux semaines dans le sud de la France, et le contraste de température érodait considérablement ma motivation.

Je suis donc rentré au bercail.

Je n’avais jamais vraiment quitté le Cartel. J’ai continué d’y aller même l’été, afin d’accomplir quelques entraînements structurés de temps à autre. Ou alors j’y rejoignais des groupes la fin de semaine, pour rouler dehors. Mes autres sorties, extérieures, étaient un mélange de volume à légère intensité et de plusieurs heures «dans le dur».

Mais là, je revenais pour l’hiver à l’intérieur. Je retrouvais mes habitudes, et les visages familiers en plus de quelques nouveaux. Le club social du café et des watts, de l’équipement et des anecdotes. Nous nous racontions nos voyages. L’un en Italie, l’autre en Espagne. Le travail avait repris son rythme habituel parfois dément, et nos existences, leur anaérobique frénésie.

 Je me suis alors souvenu pourquoi j’aimais venir ici : parce que je m’y retrouve dans une bulle en dehors de tout cela. J’ai beau parfois y débarquer en catastrophe et me sauver en voleur, très souvent, je n’y consulte pas mon téléphone, papillonne à gauche et à droite, discutant de tout et de rien, échangeant simplement des politesses ou des observations de surface. Mais ce club social qui tourne autour du vélo est ce dont j’ai rêvé depuis que j’aime ce sport.

J’y regarde une course en différé, parle de son issue avec un autre client. Puis j’enfile mes vêtements et m’enfonce dans la pénombre de la salle d’entraînement pour retrouver la familiarité des chiffres. Leur implacabilité, aussi.

J’aime leur objectivité. Surtout lorsque les choses vont moins bien. Un entraînement qui ne se déroule pas comme je le souhaitais est l’occasion de m’interroger sur toutes sortes de choses, ce que l’entraînement extérieur ne me permet pas toujours. Si je ne parviens pas à terminer une séance, est-ce parce que je suis fatigué? Quelle est la qualité de mon sommeil? Avais-je bien mangé? Quel est mon niveau de stress général et qu’est-ce qui me préoccupe?

Les chiffres de l’entraînement en salle deviennent ainsi le prétexte à une introspection plus large, qui touche à toutes les sphères de la vie.

Lorsque les choses vont mal, je ne cherche pas des excuses. Je cherche des raisons, des motifs. Je tenterai ensuite de modifier le cours des choses et les chiffres me permettront à nouveau de vérifier si j’y suis parvenu.

D’autres vivent la même chose. Nous en discutons après les entraînements. Voire pendant. J’y retrouve un groupe fraternel, de l’encouragement que je tente de prodiguer à mon tour. Jamais je n’obtiendrais cela seul dans mon sous-sol, sur le rouleau.

Je ne suis donc pas fâché d’être revenu au rythme des hivers passés, de l’entraînement intérieur régulier. J’ai retrouvé mes repères, mes méthodes, des amis et des connaissances. Et le décor unique d’un lieu de rencontre où la performance compte, mais jamais autant que le contact humain.