L’aventure appelle, acceptez-vous les frais?  Récit par David Desjardins

L’aventure appelle, acceptez-vous les frais? Récit par David Desjardins

Juillet 2025. J’ai quitté Lourdes au petit matin et me suis arrêté à la boulangerie artisanale de Pouzac, 20km plus loin, pour retirer ma veste et m’enfiler deux croissants. Puis je suis reparti en l’espace de quelques secondes en larguant à la pédale les derniers lambeaux de rêve qui s’accrochaient à mon esprit jusqu’ici assoupi.

J’avais ce jour-là pour objectif de grimper le Tourmalet par Campan, puis de rentrer via Luz-Saint-Sauveur en longeant le Pau. À la moitié du col, toutefois, mes jambes étaient devenues moins lourdes. Mon humeur s’avérait, quant à elle, aussi dépourvue de nuages que le ciel où irradiait un soleil qui procurait un mercure caniculaire. À 7 ou 8km du sommet, je me suis pris à m’imaginer faisant la montée de deux côtés, l’une après l’autre.

Arrivé en haut, la question ne se posait plus. J’ai plongé dans la descente comme si j’étais en mission.

Rarement je m’étais senti aussi libre. Mais il s’agit d’une liberté qui se paye comptant. Et à l’avance.

Entre autres en faisant, chaque hiver, un travail de préparation sur les rouleaux qui affûte autant ma forme que mon esprit. C’est à lui que je dois une partie de ma condition physique, mais aussi la fortitude qui me permet d’affronter ces monstres qui étendent leurs lacets à flanc de montagne, juché sur une monture de carbone et muni d’une dérisoire armure de lycra.

Sur les rouleaux, j’apprends à souffrir. Certains diraient que c’est une forme de masochisme. J’y vois plutôt une manière de forger mon caractère. Les petites victoires contre soi-même se gagnent avec la tête et les jambes. Chaque entraînement me fortifie.

Arrivé à la base, de l’autre côté du légendaire col, j’ai immédiatement rebroussé chemin pour entamer ma seconde montée, savourant chacun des 17 kilomètres qui me séparaient à nouveau du sommet.

L’indifférence bovine d’un troupeau croisé à mi-chemin m’a bien fait rire. Ces vaches pensives me rappelaient mes amis qui contestent mon entêtement à m’infliger ce type d’épreuve à répétition. J’étais seul dans les Pyrénées, et jour après jour, je remettais ça. Toujours plus haut, toujours plus loin. Seul avec mes pensées et le paysage majestueux de la haute montagne.

J’écrivais mon histoire cycliste à chaque coup de pédale, à chaque village croisé, au pinacle de tous les cols que j’inscrivais ainsi à mon palmarès. J’étais affranchi de la vie normale qui constitue mon quotidien.

Cette liberté ne s’achète pas. Elle se gagne, durement, au fil d’années d’efforts. Mais les dividendes perçus sont d’une valeur inestimable. Les seules personnes à en deviner la valeur, ce jour-là, sont celles que j’ai croisées dans les derniers kilomètres vallonnés parcourus pour rentrer sur Lourdes. Le sourire que je leur renvoyais étincelait comme si on m’avait posé des dents en or.

Et je songeais déjà à l’aventure superbe et folle qui m’attendrait le lendemain.

Retour au blog